De 1000 photos à 97 : notre livre est chez l’imprimeur
Bonjour à toute la communauté Micul Haos !
Enfiiin ! Notre livre est parti chez l’imprimeur.
Dans la dernière lettre, nous vous avions promis de vous raconter comment nous avons choisi les photographies. La voici : comment plus de mille images sont devenues 97, et comment ces 97 sont devenues un livre.
Quelques-unes de nos 28 pellicules.
Des bagages pleins
Déclencher à Grenoble, découvrir à Bucarest
Nous sommes rentrés avec plus de 1000 photographies : 28 pellicules 35 mm, et encore plus d’images numériques. Pour chaque prise sur film, nous faisions aussi un double numérique, au cas où. Nous ne développions les pellicules qu’un mois plus tard environ : sur place, nous ne savions jamais vraiment ce que nous avions.
Nous avons fait développer la plupart des pellicules chez nos partenaires d’Isopatrusute. Après le développement et la numérisation, quelle joie : les 28 pellicules avaient toutes donné des images. En argentique, ce n’est jamais acquis.
Les photos rendent très bien dans leur grand format. Nous avons hâte de les voir dans l’exposition, où nous les imprimerons en grand.
Le long chemin de 1000 à 97.
Trois distances
Pour chaque lieu, George a essayé de faire au moins trois types de photographies. Dans l’une, le personnage n’est qu’un petit détail dans la grande composition du bâtiment. Dans une autre, il est l’élément le plus important du cadre. Et une troisième se situe entre les deux.
Chacune demande autre chose. Quand le personnage est petit, tout dépend de l’endroit où on le place. Quand il est grand, tout dépend de son corps : sa posture, sa façon de se pencher, de tendre le bras. Entre les deux, le personnage et le bâtiment doivent vraiment bien dialoguer.
La lumière et la couleur ont aussi compté. Certains lieux, nous les avons photographiés à différents moments de la journée. Pour d’autres, nous sommes revenus un jour plus ensoleillé.
De 1000 à 227, puis à 97
À vrai dire, une grande partie de la sélection s’est faite sur place, dans nos têtes, pendant les prises de vue. Nous voulions inclure le plus possible des lieux visités, et chacun de nos 16 personnages. De retour à la maison, nous nous sommes réunis pour décider. Alexandra Moț, la commissaire du projet, s’est jointe à nous pour les premières étapes, et son regard sur les photographies nous a beaucoup aidés.
Nous sommes arrivés à une présélection de 227 images, puis à 97. Cette dernière coupe a fait mal. J’en aurais gardé beaucoup plus du 7 rue Méchain à Paris, où Adrienne Gorska a conçu l’aménagement de l’atelier de sa sœur, Tamara de Lempicka. Et davantage de l’immeuble de Marcel Locar à Bucarest, où plusieurs de nos personnages se sont retrouvés ensemble. Nous choisissons maintenant les photographies pour l’exposition, et cette sélection sera encore plus resserrée.
Un ordre qui n’est pas une histoire
L’ordre du livre peut sembler aléatoire. Il ne l’est pas tout à fait. Chaque photographie se tient près de l’esprit du texte ou du jeu qui l’entoure. Non pas pour l’illustrer, mais pour penser dans la même direction.
Les images découlent les unes des autres sans former une seule histoire. Chacune raconte la sienne.
Tirages d’essai.
Photographing the characters on neutral background this time.
Un livre comme une brique
Le livre mesure 200 × 200 mm, compte 120 pages et a une couverture en carton gris. Je voulais qu’il ressemble à une brique de béton : un élément modulaire, comme si l’on pouvait construire quelque chose avec.
Il est bilingue, en roumain et en français (traduit par Karin Ungureanu), et réunit trois textes. Ruxandra Antal écrit sur le modernisme comme structure ouverte, de l’avant-garde à notre manière d’habiter. Alexandra Moț propose un guide d’orientation dans un conte sur le modernisme, une clé pour l’exposition. Et moi, j’ai écrit sur le jeu comme méthode. Les textes ancrent le livre et les photographies : ils nous situent dans leur contexte.
Après chaque texte vient un jeu :
Cinq points. Devant un bâtiment des années 1920–1960, on cherche les cinq points d’une architecture nouvelle de Le Corbusier. Chacun est-il présent, absent ou perdu ?
Le Témoin. On découpe ou on dessine un personnage de 20 à 30 cm, on l’emmène en mission dans la ville et on le photographie à sa propre hauteur.
Des rencontres qui n’ont pas eu lieu. On lance un caillou sur la page pour réunir deux figures du modernisme, un moment et un lieu. Puis on imagine la rencontre que l’histoire ne leur a jamais offerte.
Un petit détail pour les amateurs de typographie : les caractères sont la Futura et la Kabel, toutes deux dessinées en 1927. C’est l’année même où Le Corbusier et Pierre Jeanneret ont formulé leurs cinq points.
Pourquoi j’ai conçu le graphisme moi-même
Nous voulions travailler avec un graphiste. Mais le projet a commencé un peu tard et tout a été décalé, alors j’ai aussi pris ce rôle. Finalement, cela a aidé : j’ai pu continuer à choisir les photographies pendant que le livre prenait forme, et ajuster les jeux aux pages. Tout terminer d’abord, puis l’envoyer à quelqu’un d’autre, aurait pris beaucoup, beaucoup plus de temps.
Un de nos personnages, découpé dans une page d’essai.
Ne vous contentez pas de le tenir. Utilisez-le.
Le livre s’adresse surtout aux adolescents qui veulent comprendre ce qui se passe avec l’architecture autour d’eux. (Et à tous les curieux, à tout âge.)
Je ne veux pas qu’on se contente de le tenir entre les mains. Je veux qu’on s’en serve. Jouez aux jeux. Lisez-le dans le désordre. Regardez les photographies, puis partez à la recherche des bâtiments. Construisez votre propre personnage et emmenez-le dehors. Ou construisez quelque chose avec les livres eux-mêmes.
Envie d’essayer tout de suite ? Voici trois missions du Témoin. Trouvez :
Une marche conçue pour quelqu’un six fois plus grand.
Une fenêtre qui encadre quelque chose que l’architecte n’avait pas prévu.
L’endroit où le bâtiment touche le sol.
Placez-y votre personnage et photographiez-le à hauteur de ses yeux, pas des vôtres. Si vous partagez vos photos, utilisez #miculhaos. Nous serions ravis de voir où il s’est promené.
Photos qui n'ont pas été retenues pour la sélection finale.
Vous êtes les premiers à le savoir
Nous avons imprimé 100 exemplaires. Chacun est numéroté, gratuit et hors commerce. Et les couvertures recevront une dernière touche de notre part, à la main : chaque exemplaire sera unique. (Nous n’en dirons pas plus.)
À noter dans vos agendas : nous lançons le livre le 13 novembre à l’Institut français de Bucarest. Nous ne l’avons encore annoncé nulle part ailleurs. L’heure et les détails arriveront dans la prochaine lettre.
L’exposition au MNAC Bucarest ouvre début novembre, suivie d’ateliers pour adolescents avec l’association De-a Arhitectura. Nous vous enverrons les dates dès qu’elles seront fixées.
Avec seulement 100 exemplaires, nous ne pouvons pas en promettre un à tout le monde. Mais si vous aimeriez en avoir un, répondez à cet e-mail pour nous le dire. Vos réponses nous aident aussi à savoir si une deuxième édition aurait du sens.
Merci de nous avoir lus, et de nous avoir suivis jusqu’à l’imprimeur,
Continuez à jouer,
Maria et l’équipe
Le projet culturel « La résilience du conte oublié : le modernisme » est cofinancé par l’Administration du Fonds culturel national. Ce projet ne reflète pas nécessairement la position de l’Administration du Fonds culturel national. L’AFCN n’est pas responsable du contenu du projet ni de la manière dont ses résultats peuvent être utilisés. Ceux-ci relèvent entièrement de la responsabilité du bénéficiaire du financement.